Depuis huit ans, Catherine Lecarrié pratique le yoga. Aujourd’hui professeure de yoga, elle intervient chaque semaine auprès des résidents de l’EHPAD de Marquise dans le cadre de l’association Yoga Shala S&M. Une expérience profondément humaine, dans laquelle elle trouve autant qu’elle donne.
Une rencontre avec le yoga née du besoin de bouger autrement
Avant de découvrir le yoga, Catherine pratiquait beaucoup la danse. Mais son corps devenait parfois une source de difficultés, notamment en raison d’une arthrose sévère. « Je me sentais étouffée dans mon corps. Je ne pouvais pas ne plus bouger.».
C’est une connaissance qui lui conseille alors d’essayer le yoga. Dès ses premiers cours, Catherine découvre une pratique différente de la gymnastique, qui lui offre une nouvelle liberté corporelle. Elle y trouve également une dimension spirituelle qui la touche, notamment à travers les mantras. Le yoga lui permet ainsi de retrouver une ouverture et une liberté qu’elle ne ressentait plus de la même manière dans la danse académique.
Transmettre une évidence
Professeure des écoles auprès de jeunes enfants, Catherine connaît déjà la richesse de la transmission. « J’adore partager et transmettre ce que je peux transmettre à mon échelle. »
Lorsqu’elle entreprend sa formation de yoga avec Ingrid, elle découvre une manière d’enseigner qui correspond profondément à sa personnalité : être attentive à ce qui se passe dans le moment présent et adapter la pratique aux personnes qui se trouvent face à elle. Pour Catherine, un professeur ne « fait » pas simplement un cours.
« Pour moi, ce n’est pas le professeur qui fait le cours. On co-crée finalement ». Cette conception prend tout son sens lorsqu’elle intervient auprès de personnes âgées.
Une rencontre avec les résidents
Catherine découvre l’EHPAD alors qu’elle est encore stagiaire dans sa formation de yoga. Elle commence à y intervenir avant même d’être diplômée pour le module des cours supervisés et apprécie immédiatement cette expérience.
Aujourd’hui, elle y consacre bénévolement une heure chaque semaine dans le cadre de l’association Yogashala.
« Pour moi, c’est mon karma yoga. J’avais envie de continuer de partager, d’offrir du temps ». Mais cette relation est loin d’être à sens unique. « Elles m’apportent autant que j’essaie de leur apporter quelque chose ».
Un yoga ludique mais jamais infantilisant
Avec les résidents, Catherine propose une pratique accessible et ludique. Elle utilise des images, des souvenirs, des références à la nature ou à la vie quotidienne afin de stimuler à la fois le corps et l’esprit.
L’objectif n’est jamais d’infantiliser, mais au contraire de permettre à chacun de retrouver ses capacités, sa mémoire et sa place dans le groupe. Certaines personnes souffrent de pertes de mémoire importantes. Catherine intègre alors de petits exercices de mémorisation dans ses séances, toujours sous une forme ludique. Elle observe aussi avec satisfaction que certaines personnes commencent à pratiquer seules.
« Il y en a certaines qui disent : “Je l’ai fait dans mon lit.” » Pour elle, cette autonomie est essentielle : transmettre des clés que les résidents peuvent ensuite réutiliser dans leur quotidien.
Apprendre à accueillir les bruits de la vie
L’EHPAD n’est pas une salle de yoga traditionnelle. Les médecins passent, les résidents circulent, des portes s’ouvrent, des voix se font entendre. Il peut même y avoir des cris ou des moments d’agitation. Catherine a choisi de ne pas chercher à exclure ces bruits, mais à apprendre à pratiquer avec eux. Elle explique aux résidents que ce sont « les bruits de la vie » et les invite à revenir progressivement vers leur intériorité. Cette approche rejoint profondément la philosophie du yoga : accepter ce qui est là, plutôt que vouloir contrôler constamment son environnement.
Le cercle comme espace de lien
Catherine a également choisi d’installer les résidents en cercle. Pour elle, cette disposition favorise la proximité, la sécurité et le sentiment d’appartenance. Elle remarque aussi que certaines personnes préfèrent pratiquer à distance, par pudeur ou simplement parce qu’elles ne souhaitent pas entrer dans le cercle. Là encore, aucune obligation : chacun participe selon ses possibilités et ses envies. « Ce n’est pas une obligation ». Cette liberté est essentielle à ses yeux.
Redonner une place au corps
Dans ses séances, Catherine accorde une place importante au contact corporel et à la prise de conscience du corps. Pour des personnes souvent assises et parfois très peu touchées en dehors des soins, ces gestes peuvent devenir une forme d’automassage et permettre de renouer avec les sensations corporelles. La respiration occupe également une place centrale. Catherine constate que la respiration abdominale peut être difficile pour des personnes âgées, notamment en raison du manque de mobilité.
« L’énergie est là, mais elle est bloquée. Il faut que ça recircule ».Elle accompagne donc progressivement les résidents vers une meilleure conscience de leur respiration et de leur corps.
S’adapter à chaque personne
Chaque séance est différente. Catherine observe le groupe, ressent son énergie et adapte les exercices en fonction des personnes présentes et de leur état du jour. Cette capacité d’adaptation lui vient aussi de son expérience auprès des enfants. « J’ai des enfants en bas âge, c’est que de l’adaptation ».
Elle retrouve finalement dans l’EHPAD une situation comparable : il faut composer avec les imprévus, ramener le groupe, écouter et ajuster constamment sa manière de faire.
Le yoga comme philosophie du quotidien
Pour Catherine, le yoga ne se résume évidemment pas aux asanas. À travers les séances, elle cherche à transmettre une philosophie : apprendre à être soi-même tout en restant relié aux autres. Elle parle de tolérance, d’écoute, d’humilité, de lâcher-prise et de reliance. Une expérience vécue avec une résidente illustre particulièrement cette évolution. Au début, celle-ci refusait la présence de Catherine et exprimait ouvertement son mécontentement. Avec le temps, la relation a changé. Aujourd’hui, elle reconnaît Catherine, retient son prénom et la salue. Pour Catherine, ce petit changement représente beaucoup : une forme d’acceptation et de tolérance qui traduit, à sa manière, l’esprit même du yoga.
Une pratique avant tout humaine
Au-delà des postures et des exercices, Catherine place finalement la joie de vivre au cœur de ses séances. « Pour moi, c’est fondamental ».
Elle souhaite que les résidents puissent se sentir à la fois uniques en tant qu’individus et reliés à un ensemble. Dans cet EHPAD, le yoga devient ainsi bien plus qu’une activité physique. Il devient un moment de rencontre, de présence, de mouvement et de partage. Et peut-être surtout, un espace où chacun peut encore expérimenter cette sensation essentielle : être là, pleinement, avec soi et avec les autres.
Une histoire de lien
À travers son engagement auprès des résidents, Catherine montre que le yoga peut prendre des formes multiples. Il ne s’agit pas seulement de réaliser des postures, mais de retrouver le mouvement, la respiration, les sensations et surtout le lien aux autres. Chaque séance est une rencontre, avec ses imprévus, ses émotions et ses petits progrès. Catherine avance avec bienveillance, en s’adaptant à chacun et en laissant une place à tous, même à ceux qui préfèrent pratiquer à distance. Une heure par semaine, elle offre ainsi bien plus qu’un cours de yoga : un moment de présence, de partage et de joie, où chacun peut retrouver sa place dans le groupe tout en restant pleinement lui-même.
Interview et texte rédigés par Béatrice Klaba.



